L’image peut surprendre.
Une personne âgée tient délicatement dans ses bras un bébé reborn. Elle lui parle, le berce, lui remet une couverture sur les épaules.
Pour certains, la scène est touchante.
Pour d’autres, elle soulève de nombreuses questions.
Pourquoi utiliser une poupée aussi réaliste auprès d’une personne âgée ?
Est-ce réellement utile ?
Existe-t-il des preuves scientifiques ?
Et surtout, est-ce une pratique courante en France ?
La réponse mérite quelques explications.
Une pratique qui existe… mais qui reste très encadrée
Oui, certains établissements accueillant des personnes âgées utilisent des poupées thérapeutiques.
Parfois, il s’agit de poupées classiques.
Parfois, elles ressemblent beaucoup aux bébés reborn.
Leur utilisation reste cependant limitée à certaines situations et s’inscrit dans une démarche d’accompagnement personnalisée.
Toutes les maisons de retraite ne proposent pas cette approche.
Et toutes les personnes âgées ne sont pas concernées.
À qui s’adresse cette approche ?
Les poupées thérapeutiques sont principalement proposées à certaines personnes vivant avec des troubles cognitifs importants, notamment la maladie d’Maladie d’Alzheimer ou des maladies apparentées.
Chez certaines personnes, elles peuvent favoriser :
- un sentiment de sécurité ;
- un apaisement ;
- une diminution de l’anxiété ;
- des interactions avec les soignants ou les proches.
Mais ces effets varient fortement d’une personne à l’autre.
Quel est l’objectif ?
Contrairement à une idée reçue, le but n’est pas de faire croire à la personne qu’elle tient un véritable bébé.
Les professionnels parlent davantage d’un support relationnel.
Le simple fait de tenir une poupée dans les bras peut parfois réveiller des gestes profondément ancrés dans la mémoire : bercer, protéger, parler doucement ou prendre soin de quelqu’un.
Chez certaines personnes, ces gestes procurent un sentiment de calme.
Chez d’autres, ils n’ont aucun effet particulier.
Une approche non médicamenteuse
Dans les établissements spécialisés, les équipes cherchent souvent à limiter autant que possible le recours aux médicaments lorsque cela est envisageable.
Pour accompagner certains troubles du comportement, plusieurs approches non médicamenteuses peuvent être proposées :
- la musique ;
- les ateliers créatifs ;
- les jardins thérapeutiques ;
- la médiation animale ;
- les activités sensorielles ;
- ou, dans certains cas, les poupées thérapeutiques.
L’objectif reste toujours le même : améliorer le bien-être de la personne.
Que dit la recherche scientifique ?
C’est probablement la question la plus importante.
À ce jour, plusieurs études suggèrent que les poupées thérapeutiques pourraient apporter des bénéfices chez certaines personnes vivant avec des troubles cognitifs.
Des observations font notamment état :
- d’une diminution de certains comportements d’agitation ;
- d’une amélioration des interactions sociales ;
- d’un meilleur engagement dans certaines activités.
En revanche, les études restent encore peu nombreuses et parfois limitées par leur méthodologie.
Les chercheurs considèrent donc que des travaux complémentaires sont nécessaires.
Autrement dit, cette approche peut être intéressante dans certains contextes, mais elle ne constitue pas un traitement validé au même titre qu’un médicament.


Une pratique qui fait parfois débat
Comme beaucoup d’approches innovantes, les poupées thérapeutiques suscitent des discussions.
Certains professionnels y voient un outil supplémentaire pour améliorer le confort de certains résidents.
D’autres s’interrogent sur les questions éthiques.
Le principal point de vigilance concerne le respect de la dignité de la personne.
Les soignants veillent donc à ne jamais infantiliser les résidents.
L’utilisation d’une poupée ne doit jamais être imposée.
Elle doit répondre à un besoin exprimé ou observé chez la personne concernée.
Et les familles dans tout cela ?
Les proches découvrent parfois cette pratique avec étonnement.
Voir son père ou sa mère tenir une poupée peut provoquer des émotions très diverses.
Certains y voient une scène apaisante.
D’autres ressentent une certaine tristesse.
C’est pourquoi le dialogue entre les familles et les équipes soignantes est essentiel.
Comprendre les objectifs de cette approche permet souvent de porter un regard différent.
Les bébés reborn sont-ils indispensables ?
Non.
Beaucoup d’établissements n’en utilisent jamais.
D’autres privilégient des poupées moins réalistes.
Le choix dépend :
- des habitudes de l’établissement ;
- des équipes ;
- des besoins des résidents ;
- et surtout des réactions de chaque personne.
Il n’existe aucune obligation.
Aucune recette universelle.
Une approche individualisée
C’est probablement le point le plus important.
Deux personnes atteintes de la même maladie peuvent réagir de manière totalement différente.
L’une trouvera du réconfort en tenant une poupée.
L’autre n’y prêtera aucune attention.
Les professionnels observent donc les réactions individuelles avant de poursuivre ou non cette activité.
Le mot d’un papa
Je comprends que cette pratique puisse surprendre.
Moi aussi, la première fois que j’ai vu une personne âgée tenir un bébé reborn, je me suis posé beaucoup de questions.
Puis j’ai découvert les témoignages de soignants et de familles.
J’ai compris qu’il ne s’agissait pas de faire croire à une illusion.
Mais parfois simplement d’apporter un moment de calme, de tendresse ou de réconfort à une personne fragilisée par la maladie.
Finalement, derrière cette poupée, il y a surtout une intention profondément humaine : prendre soin de quelqu’un.
Ce qu’il faut retenir
Oui, certaines maisons de retraite et unités spécialisées utilisent des poupées thérapeutiques ressemblant parfois à des bébés reborn.
Cette approche est principalement proposée à certaines personnes vivant avec des troubles cognitifs, notamment la maladie d’Alzheimer.
Elle peut favoriser l’apaisement ou les interactions chez certains résidents, mais elle ne convient pas à tout le monde et ne remplace jamais les traitements médicaux.
Comme souvent en gériatrie, l’accompagnement repose avant tout sur une approche personnalisée, respectueuse de chaque personne et de son histoire.
Sources
- France Alzheimer – Informations sur les approches non médicamenteuses dans l’accompagnement des personnes vivant avec des troubles cognitifs.
- Organisation mondiale de la Santé – Recommandations générales sur les soins centrés sur la personne âgée.
- Publications scientifiques consacrées à la doll therapy (thérapie par les poupées) dans les troubles neurocognitifs majeurs.
- Recommandations de bonnes pratiques en gériatrie concernant les approches non médicamenteuses.
